À la suite de la matinée théorique, nous nous sommes rendus dans une exploitation agricole située à Berloz, où les services agricoles de la province de Liège et l’agriculteur ont mis en place un test de restauration de la fertilité des sols avec le produit Nutrigeo développé par notre invité. Ce produit est un stimulateur de la vie fongique des sols. Les tests ont été lancés 2 mois avant la date de l’analyse.
À cette fin, deux fosses d’environ 1m de profondeur sur 1m de large et 4m de long, ont été creusées côtes à côtes. L’une avec un traitement Nutrigeo de 40L/ha, l’autre en témoin.
Culture en cours de betteraves, antécédent de blés, pailles exportées, non labour, mais griffage avec un outil trident, deux à 20cm de profond, 3e à 30cm + herse rotative. Itinéraires à 2 rotations/an.
Chronologie de l’analyse :
1. Fertilité biologique des sols :
Vérification de la profondeur et de la densité de l’enracinement + présence de macro et mésofaune. Remarque : Francis fait remarquer que lors d’analyses on peut trouver des galeries de vers remontant à 100 ans.
2. Fertilité physique :
Vérification des traces d'outils et de compaction
3. Fertilité chimique :
Vérification des pH de surface, stratification et redox
4. Fertilité hydrique :
Test d'infiltration
Déroulé :
Francis conseille d’abord un rafraichissement du profil de la fosse pour éviter d’être trompé par un lissage de l’excavatrice. Il opère avec un couteau de taille moyenne et pratique des coups en rotation pour rendre l’aspect le plus naturel possible du sol. Il travaille en diagonale et dégage une surface d’environ 1m à 2m de long sur toute la hauteur du profil, en évitant les traces de roues.
1. Fertilité biologique
Aucun vers de terre n’est visible dans la coupe, il reste néanmoins des traces de galeries profondes, environ 10 sur le m. Mr Bucaille estime le nombre de vers à 100/m², mais les galeries ne sont plus occupées. Cela se confirme par la présence de racines mortes et vivantes au milieu d’une des galeries. Or lorsqu’une galerie est occupée, les racines sont plaquées contre les parois, accrochées par la glomaline. Une biomasse normale, évoquée à l’hectare, représente 2 à 3 tonnes de vers qui ramènent à la surface l’équivalent de leur poids vif soit 2 à 3T/jour ! 200 à 250 jours /an ! Ou encore 200 tonnes de terres ramenées en surface par saison !
Les vers anéciques sont nocturnes et les galeries qu’ils occupent sont recouvertes de mucus ce qui les rends brillantes à l’observation. Une bonne façon de voir si la galerie est visitée. Ce mucus facilite la progression des vers les horizons profonds ainsi que les racines de plantes. En présence de mucus, contenant beaucoup d’auxines, il a été démontré des taux de croissance deux fois plus rapides.
En descendant dans les sols, le ver de terre agit comme un piston et amène la surface gazeuse vers le fond ce qui permet d’aérer le sol
Cette recherche s’effectue évidement sous le plant et consiste à rechercher des traces de racines vivantes (blanches) et des traces de mortes (brunes).
Pour décréter la profondeur exacte d’enracinement, il faut trouver une racine tous les 10cm environ, pour ne pas s’arrêter aux exceptions. On dénombre donc la présence des deux types de racines mortes et vivantes au fond de la fosse (1m).
Francis rebondi sur la quantité naturelle de biomasse qu’une forêt primaire qui produit dans nos régions l’équivalent de 80 quintaux (1 quintal = 100kg). Il faut donc produire plus que ça ou cette quantité au minimum. Il faut viser de gros rendement pour faire comme la nature. En production faible, on met le sol en inanition.
Enracinement des betteraves descend à plus d’1m, alors que le blé descend à 2m ce qui permet d’explorer respectivement 3000 T à 30000 T de sol.
Il y a une présence de pailles mélangées dans les différents horizons du sol. L’agriculteur confirme un antécédent de blé et un export des pailles vers la chèvrerie voisine. Francis évoque un test réalisé avec des pailles contenant des résidus de fongicides et une indemne de substances. Les pailles ont été mises en litières au pied des chèvres avant d’être épandues sur champs, sur une durée de 3 ans. Une différence de 2 à 4 quintaux a été constatée entre la paille avec fongicides et l’autre sans. Ce qui démontre ainsi un effet négatif malgré le passage en litière.
En l’absence de maladie, le fongicide diminue le rendement. Après épandage de pesticides, le taux de Brix baisse, ce qui entraine une perte de la photosynthèse et donc une perte de rendement pendant 7 à 10 jours. Il cite l’exemple des raccourcisseurs de croissances qui sont appliqués 9 à 10x et qui donc perturbent les mécanismes de résistance de la plante et les rendent sensibles aux maladies. Sans raccourcisseur, les blés sont plus haut, risque plus la verse, mais ne sont pas malades.
Ici, les pailles ne sont pas décomposées, elles sont presque intactes après 10 mois de sol. On constate l’utilisation de fongicide car il n’y a pas de champignons pour décomposer la lignine. Francis préconise donc en plus du « Nutrigeo » déjà appliqué de lever le pied sur le dernier traitement de pesticides (T3). En cas de rouille jaune, il préconise ½ dose de produit + un ajout de Bore. La réduction de la dose ne réduit pas l’efficacité, mais la rémanence. Si la dose est complète, la plante doit mettre plus d’énergie et de temps pour refonctionner normalement. La plante perd son système de défense naturelle à chaque traitement.
Francis évoque un essai dans la plaine du Pô, à ¾ de doses + un SDN (stimulateur de défenses naturelles). LE SDN favorise les chaines complètes. Il en ressort que les deux produits ne peuvent être associés lors du traitement, entraînant une alternance obligatoire.
Les chicons ou les céleris rave qui ont des points liégeux présentent un manque en Bore et en Calcium. Ce dernier permet aussi une meilleure résistance aux chocs lors du transport.
Enfin en surface, nous avons pu observer un début de mycélium colonisant la paille, et un peu plus loin, quelques petites taches de carpophores présents aussi bien dans la parcelle test « Nutrigeo » que dans le témoin.

2. Fertilité physique :
Petit rappel de la méthode d’Yvan Gautronneau, insistant sur le fait de ne pas sculpter la fosse au couteau, mais bien de libérer de la terre visible dans son état initial.
On observe en premier lieu que le travail du sol à la herse rotative forme un premier petit plateau de tassement entre 5 et 10 cm selon la planitude du champ.
La question du fissurage est évoquée, avec une réponse double :
Oui si la semelle de labour est identifiée, mais une fois que c’est fait ce n’est plus nécessaire de recommence
Non si les zones sont intactes ou parfaitement naturelles, le risque étant de créer un effondrement du travail de la faune du sol
Le fissurage du sol se fait idéalement en sol frais, pas trop humide. Il est conseillé d’éviter de travailler un sol trop sec, surtout en conditions argileuses, car les poussières d’argiles pourraient tomber au fond des fissures (pouvant aller de 60cm à 1m de profond) et risquer de créer une perte de porosité lors du regonflement des argiles au fil des pluies, ce qui présente un gros danger à long terme.
Le 2e palier de terre compactée se situe à 20cm environ et correspond aux ailettes de la machine employée.
Un 3e palier correspondant aux mottes « delta » (illustration arvalis.fr) sont présentent à 30-35cm

Pour observer la porosité, un binoculaire circule dans l’assemblée, permettant de visualiser les trous laissés par la vie du sol. Monsieur Bucaille préfère ce moyen d’analyse au pénétromètre car cet outil mesure la dureté, mais pas sa porosité.
On observe également aisément les endroits de passage de roues, et diverses galeries abandonnées par les vers et qui servent de décharges à la faune secondaire qui la remplissent progressivement d’excréments et de terre. Dans notre cas, nous observons de la matière organique à 27-28cm de profondeur, coincée sur un plateau dur.
Pour finir, un examen attentif des mottes révèle la présence de deux petites chambres de diapause occupée par des jeunes vers de terre et des traces de lessivage d’argile, matérialisée par des traces blanches.
3. Fertilité chimique :
Réactif : Ferricyanure de potassium
Francis insiste sur la prise de pH à une double profondeur, en surface et à 20cm de profond. Dans notre cas, la différence n’est pas significative avec une estimation de 6.2 à 6.7.
Un test redox est également effectué pour identifier le fer ferreux et estimer le Redox. Le réactif met en valeur un granulé de chaux et un bleuissement de la matière organique du sol.
4. Fertilité hydrique :
Le matériel est très rudimentaire, il est composé de deux tubes de pvc de 20cm de hauteur et 160mm de diamètre. Avec un joint sur le bord de la tôle pour éviter de se couper lorsque l’on enfonce le cercle dans le sol.
Le premier test se fait en surface, le deuxième à 25cm de profondeur. Le test 1 s’est visiblement déroulé sur un passage de roue car l’eau ne s’infiltrait pas, le second a mis 2.25 min pour absorber 250ml/eau. => pas de risque d’hydromorphie, il n’y a d’ailleurs pas de traces de ferromanganèse dans les sols et des fissures assurent l’infiltration.
Le lessivage de l’azote est également évoqué puisque comme le dit Francis, il ne voyage jamais seul, il emmène toujours un cation avec lui. On parle de nitrate de calcium, nitrate de potassium…
Fin de visite, le groupe se sépare sauf quelques résistants passionnés qui assistent au…
A plus petite échelle, il est possible de faire une analyse de sol. On creusera une tranchée sur un fer de bêche, puis on découpera des tranches au 2e fer de bêche de profondeur. On y observe des canaux de fissuration mais qui finissent tous en cul de sac.
Ce test est à compiler avec le binoculaire et le test hydrique.
Michaël Dossin